Les manifestations "extrémistes" sur l'hymne national inquiètent les autorités algériennes

Publié le par l'Islam Sunnite Authentique

Les manifestations "extrémistes" sur l'hymne national inquiètent les autorités algériennes


 

Le refus d'une poignée d'imams et de salafistes algériens de se lever pour l'hymne national lors des récentes manifestations ravive les craintes de l'extrémisme.

Par Walid Ramzi pour Magharebia à Alger – 13/07/10

 

 

 

 

[Fayez Nureldine/AFP/Getty Images] Le récent refus de plusieurs imams de se lever pour saluer l'hymne national incite à un examen approfondi des mosquées algériennes.

Les autorités algériennes, des groupes islamiques et des intellectuels religieux dénoncent les incidents durant lesquels des imams et des salafistes ont refusé de se lever pour l'hymne national.

Plusieurs imams ont été sanctionnés depuis le 28 juin, après qu'ils aient refusé de se lever lors de l'hymne national joué à l'occasion d'un rassemblement à Alger auquel assistait le ministre des Affaires religieuses Bouabdellah Ghlamallah.

Le ministre algérien de la Justice Tayeb Belaiz a qualifié ce comportement "d'extrémisme qui alimente la violence", et d'autres commentateurs ont déclaré que ce geste était un signe de déloyauté et de l'échec du gouvernement à contrôler les mosquées, ainsi que d'un possible risque du retour des idéologies de la Décennie noire.

"Nous sommes désolés de ce geste. Nous nous sommes égarés. Nous pensions que nous lever pour quelqu'un d'autre qu'Allah était totalement inacceptable [dans l'Islam], ce qui était le cas de l'hymne national", a déclaré l'un des imams à la presse locale le 1er juillet.

Le quotidien El Khabar a indiqué le même jour que les imams des mosquées d'Alharrach, de Casablanca, de Bab Alwadiy, de Barraqi et de Beir Mourad avaient exprimé des regrets similaires après avoir refusé de se lever.

Des cas similaires ont été rapportés deux jours après l'incident. Au centre de formation de la compagnie algérienne d'électricité d'Etat de Ben Aknoun, certains ingénieurs ont refusé de se lever durant l'hymne national, lors de leur cérémonie d'intronisation à leurs nouveaux postes.

Selon des rapports établis par la presse locale, ces ingénieurs étaient des Salafistes qui pensaient que "la vénération" de l'hymne est interdite dans l'Islam et que seul Allah mérite allégeance. Ils ont demandé la révision de l'hymne, qui commence par la ligne "Par les foudres qui anéantissent".

Pour s'intéresser au cas de ces imams, le Conseil Académique Islamique et le Conseil Disciplinaire de l'Adminstration des Affaires Religieuses d'Alger ont organisé une session conjointe, et rejointe par plus de 100 imams. Le 30 juin, le Conseil a suspendu les contrevenants de leurs fonctions durant trois mois, ils ont été rétrogradés et il leur est interdit d'assurer les prêches du vendredi pour avoir "dévié du programme et des règles nationales".

De plus, le Ministère des Affaires Religieuses a fait savoir à tous les Imams que ces derniers doivent se lever durant l'hymne national quelle que soit l'occasion, sous peine de renvoi. Le Ministère a également demandé à tous les Conseils Académiques Islamiques de consacrer un prêche du vendredi à la révolution algérienne, en glorifiant cet acte historique et le courage montré par tous les révolutionnaires.

Pour aller plus loin, le Ministère a donné aux Imams un avertissement "final" contre l'énoncé de fatwas encourageant la déloyauté, que ce soit sous la forme de posters ou de CDs, et il a encouragé à la dénonciation de toute personne s'y livrant.

Les leaders religieux algériens et les savants contactés par Magharebia ont des opinions diverses sur ces incidents et sur leurs conséquences.

Se lever pour l'hymne national n"est pas en désaccord avec la religion, comme certains pourraient le croire, parce qu'il n'y a rien dans les textes qui disent que ce comportement est interdit...et qu'il doit être abandonné", a dit à la presse locale le 30 juin Sheikh Abdulrahman Chiban, président de l'Association des Savants Musulmans algériens.

"La preuve en est que la majorité des savants musulmans respectés et modernes, comme Mohammad Ghazali, Bashir Ibrahimi et Ahmed Hamani n'ont pas interdit à leurs élèves de se lever durant l'hymne", ajoute-t-il.

Le Sheikh Al Qasimi du Zawiyah Qasimiyah dit dans une déclaration publiée le 1er juillet que le "mauvais comportement des Imams dévoile un manque de réflexion et l'ignorance des objectifs même de la religion", ajoutant que "tout citoyen qui comprend le message de l'Islam rejette tous les conflits entre le nationalisme et l'Islam".

"Se lever pour saluer le drapeau national n'est pas interdit, mais c'est un rappel pour les générations srvenues après l'indépendance des sacrifices consentis par leurs ancêtres", dit à la presse Mohamed Amouri, Imam et étudiant de troisième cycle au Collège des Sciences Islamiques de Kharouba.

Un jeune algérien toutefois met en garde contre des réactions trop fortes à l'encontre des manifestations menées contre l'hymne.

Mahmoud Rahmani, étudiant, dit à Magharebia que s'insurger contre le comportement de ces Imams en usant de "cruauté" à la place du dialogue et de la persuasion peut seulement ouvrir la porte au "mal et à la rébellion, en prenant en considération ce que pensent certains jeunes, et en particulier parce que pour eux, ne pas se lever pour l'hymne national n'est pas une marque d'irrespect témoigné à l'encontre des martyrs de la révolution".

Pour le moment, afin de préserver l'unité musulmane et nationale, les autorités algériennes semblent résolue à mettre un terme à ces incidents.

"Ce que [les imams] ont fait, c'est une action mauvaise, et tous ceux qui causent des divisions parmi les musulmans ne méritent pas de les diriger", dit Ghlamallah, Ministre des affaires Religieuses, ajoutant :"Nous devions agir afin de mettre un terme à ce qui est arrivé, parce que cela peut créer la discorde et la confusion dans la population".

 

 

Via Magharebia.com

 

 

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