Les violences religieuses déchirent le Pakistan

Publié le par [Sunnisme.com]

.Les violences religieuses déchirent le coeur du Pakistan


 

Des groupes islamistes multiplient leurs attaques dans la province du Pendjab, dans le centre du Pakistan, afin de déstabiliser Islamabad, allié des Etats-Unis, dans sa lutte contre Al Qaïda et les taliban, estiment des analystes.

 

Les violences religieuses déchirent le coeur du Pakistan

 

Décombres devant le mausolée de Data Darbar, l'un des plus importants sanctuaires soufis du Pakistan, après une attaque qui avait fait 42 morts début juillet. Des groupes islamistes multiplient leurs attaques dans la province du Pendjab, dans le centre du Pakistan, afin de déstabiliser Islamabad. (Reuters/Mohsin Raza)

 

 

Ces deux derniers mois, des activistes musulmans sunnites, affiliés à deux groupes de militants islamistes, ont intensifié leurs attaques contre des fidèles des autres écoles islamiques de la province la plus riche du pays.
Lors d'attaques en mai, qui ont fait plus de 80 morts, des militants ont pris pour cible deux mosquées de Lahore du mouvement religieux des Ahmadi, qui se considèrent comme des musulmans mais sont qualifiés de non musulmans par le Pakistan.

Début juillet, des militants ont attaqué le mausolée de Data Darbar, l'un des plus importants sanctuaires soufis du Pakistan, faisant 42 morts. Mi-juillet, un kamikaze a fait exploser une bombe dans une mosquée chiite, à Sargodha, blessant 15 personnes.

Aux yeux des analystes, ces attaques répondent à la même logique: en provoquant les mouvements religieux, des groupes radicaux sunnites espèrent une riposte susceptible de susciter des troubles civils.

La province du Pendjab est le centre traditionnel du pouvoir pakistanais. Les Etats-Unis, qui considèrent le Pakistan comme un allié crucial dans la lutte contre les taliban et la stabilisation de l'Afghanistan voisin, voient d'un oeil inquiet toute forme d'instabilité dans la province.

Des troubles pourraient également menacer les opérations militaires menées contre les activistes dans les provinces du Nord-Ouest frontalières avec l'Afghanistan.

"Les groupes d'activistes religieux sont de plus en plus actifs dans la province du Pendjab", relève Hasan Askari Rizvi, expert en politique et en sécurité. "Ces groupes souhaitent désormais susciter des troubles sociaux en attisant la violence religieuse dans le pays."

"Il semblerait que ce soit une tentative des activistes pour détourner l'attention des opérations menées dans le Nord-Ouest en ouvrant un nouveau front de lutte pour le gouvernement."

GROUPES DIVISÉS


La violence religieuse n'est pas une nouveauté au Pakistan, notamment dans le Pendjab, théâtre de conflits entre activistes sunnites et chiites pendant des décennies, qui ont fait des centaines de morts dans les années 1990.

Après l'offensive américaine en Afghanistan, le nombre d'incidents a eu tendance à diminuer, les groupes d'activistes concentrant leurs efforts sur la lutte contre les forces occidentales le long de la frontière et contre l'armée pakistanaise dans le nord-ouest du pays.

Des groupes de militants punjabi, qui ont combattu les troupes indiennes dans la région du Cachemire, se sont scindés et ont noué des liens avec Al Qaïda au fil des années, selon les autorités.

Mais aux yeux d'un grand nombre de Pakistanais, ces groupes continuent d'être perçus comme des "combattants de la liberté" qui se sont battus pour le Cachemire.

Certains opposants accusent le gouvernement du Pendjab, dirigé par le parti de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, de ne pas vouloir sévir contre les groupes d'activistes pour ne pas perdre le soutien politique de sa base conservatrice.

L'attaque de Data Darbar a toutefois ébranlé les Barelvis, les disciples du soufisme. Les Pakistanais sont en majorité des musulmans sunnites, la plupart d'entre eux appartenant au soufisme, une branche de l'islam. S'ils sont également sunnites, les taliban rejettent le soufisme et appartiennent majoritairement à l'école Deobandi.


Note de Sunnisme.com :
cette affirmation visant à dire que les Déobandis rejettent le Soufisme est totalement erronée, la seule raison pour laquelle les Talibans rejettent le Soufisme, c'est que pour la plupart ils sont maintenant beaucoup plus proche d'Al-Qaida et donc de la doctrine Wahhabite que de l'Islam traditionnel et authentique. Il suffira de se rendre sur les sites Déobandis pour vérifier cette vérité. Ex :
http://deoband.org/


Au Pakistan, les musulmans chiites comptent pour 20% des 170 millions d'habitants.

INTENSIFIER LA RÉPRESSION

Depuis l'attaque de Data Darbar, les Barelvis ont organisé des rassemblements anti-taliban à travers le pays et envisagent un grand rassemblement à Lahore le 8 août pour appeler le gouvernement à intensifier les opérations de répression à l'encontre des activistes religieux.

"Ces militants ont voulu semer le chaos et déclencher une guerre civile dans le pays en attaquant le sanctuaire de Data Ganj Bakhsh", a dit à Reuters Shahibzada Fazal Karim, responsable des Barelvis.

"Je prévois une révolution sanglante si l'on n'arrête pas ces terroristes par la force. Nous soutenons complètement les offensives lancées contre ces terroristes taliban."

Démentant toute responsabilité dans l'attaque, les Déobandis ont appelé à une "répression sans distinction" des groupes d'activistes.

"Barelvis, Déobandis, Chiites, Sunnites, tous sont impliqués dans des violences les uns contre les autres. Nous sommes tous pris à la gorge", dit Tahir Mehmood Ashrafi, un ancien conseiller gouvernemental et membre des Déobandis. "Il n'y a pas d'exception."

Le ministre chargé de la sécurité de la province du Pendjab, Rana Sanaullah, a fait savoir que la police avait arrêté 200 hommes soupçonnés d'entretenir des liens avec des organisations interdites. La police recherche actuellement 200 autres personnes qui pourraient avoir quitté la province.

Aucun lien n'a toutefois été établi entre les attaques et les suspects arrêtés qui pourraient donc être relâchés, ont indiqué des responsables de la sécurité.


Marine Pennetier pour le service français (l'Express)