Tahiyat ul-Masjid durant la Khotba

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° Prier Tahiyat ul-Masjid durant la Khotba [1]

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Question :

Si lorsque nous entrons dans la Mosquée, la Khutbah de Jummah est en cours, devons-nous quand même prier 2 rakats nafil (surérogatoires) avant de nous asseoir (c.-à-d. la prière de salutation qu’il est possible d’effectuer lorsqu'on rentre dans une Mosquée)?


Réponse :

Dans le Saint Qour’an, Allâh Ta’ala nous ordonne ceci : « Lorsque le Qour’an est récité, observez le silence et écoutez-le attentivement, afin de mériter la miséricorde du Seigneur. » [2]

L'imam al-Sawi (RA) mentionne dans son commentaire du tafsir al-Jalalayn que les exégètes du Qour’an évoquent quatre possibilités concernant la raison pour laquelle ce verset fut révélé (asbab nuzul). Tout d'abord, qu'il a été révélé au sujet de la khutba. C'est l'opinion préférée par Jalaladdin as-Suyûtî dans son tafsir, expliquant que cela faisait référence au Qour’an mais aussi à la khutba. Deuxièmement qu'il s'agit d'un commandement général devant être appliqué à chaque fois que le Qour’an est récité. Troisièmement, qu’il a été révélé pour empêcher que les gens parlent les uns avec les autres lorsqu’ils prient derrière un imam comme ils le faisaient avant que parler pendant la prière soit interdit. Quatrièmement, qu'il a été révélé au sujet de la récitation du Qour’an à haute voix quand on prie derrière l'imam [3]. L'imam al-Nasafi mentionne dans son tafsir que l'opinion la plus correcte, c'est qu'il a été révélé concernant à la fois la récitation derrière l'imam et le fait de parler au cours de la khotba du vendredi. [4]

De nombreux autres commentateurs comme Moudjahid, Ibn Juraij et Saeed ibnul Musayib (RA) sont d'avis que ce verset concerne également la Khutbah de Jummah et la Salaat. [5]

Il est rapporté que Rasulullah [salallâhou 'alayhi wassalam] a également dit : « Quand l'un de vous entre dans la mosquée alors que l'imam est sur la chaire (délivrant la khutba), alors qu’il ne fasse aucune salat et ne parle pas jusqu'à ce que l'imam termine (le sermon). » [6]

Dans le Musnad de l’Imam Ahmad (RA), il y a un hadith qui suggère aussi que quand on entre dans le Masjid pour Salaat ul-Jumu'a et que l'imam a déjà commencé le sermon, alors on doit s'asseoir et écouter attentivement le sermon et à ne faire aucune salat. [7]

Ce qui précède, fut la pratique d'un grand nombre d'éminents Sahaba (RA) et de Tabi'een comme Hazrat Umar, Uthman, ‘Ali, Ibn Abbas, l'Imam Malik, Laith, Abou Hanifa, at-Thawri, Ibn Sirine (Qu'Allâh soit satisfait d'eux tous). [8]

Toutefois, les Imams Shafi’i et Ahmad ibn Hanbal (RA), sont d'avis qu'il est mustahab (recommandé) pour celui qui arrive alors que l'imam a déjà commencé son sermon qu’il effectue le Tahiyyat ul-masjid. [9] Ils ont basé leur avis sur un incident qui s'est produit avec Hazrat Sulaik Al-Ghatfani (RA). Hazrat Jabir (RA) raconte que Sulaik Al-Ghatfani entra alors que Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] prononçait le sermon du vendredi et qu’il s'assit. Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] lui demanda s'il avait effectué sa salaat. Il répondit par la négative, Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] lui ordonna alors de : a) de se lever, b) d’effectuer 2 rakaats (nafil), c) d’effectuer cette prière rapidement. [10]

La majorité des savants qui ne soutiennent pas la même opinion que les Imams Ahmad ibn Hanbal  & Shafi’i (RA), expliquent le hadith mentionné ci-dessus comme étant un cas particulier concernant uniquement Hazrat Sulaik (RA).

En effet, selon certains avis, Hazrat Sulaik Al-Ghatfani était un homme très pauvre et ne possédait pas de vêtements décents qu’il puisse porter à la prière du vendredi, et dans certaines versions il est rapporté qu’il n’avait guère de vêtements, de sorte que le Prophète [salallâhou 'alayhi wassalam] lui ordonna de se lever et de prier pour que tout le monde puisse voir sa pauvreté et faire ensuite preuve de charité envers lui. [11] Dans les autres hadiths relatant cette histoire, il est rapporté que durant la khotba, le Prophète [salallâhou 'alayhi wassalam] exhorta les gens à la charité de sorte qu’à la fin de celle-ci, un certain nombre de vêtements furent offerts à cet homme très pauvre.

L'explication donnée ci-dessus devrait suffire à comprendre la vraie nature de ce récit.

En dehors de cet incident, Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] n'a jamais ordonné à un autre retardataire de se lever et d’effectuer tahiyyat ul-masjid, comme il l’ordonna à Hazrat Sulaik (RA). Il existe de nombreux incidents qui confirment ce point de vue et le fait que Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] n’ait pas ordonné aux retardataires qu’ils effectuent cette prière. Au contraire, il leur a été demandé de s'asseoir et de ne pas causer de gène aux autres. [12] Certaines narrations mentionnent également que Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] arrêta son sermon, attendit que Hazrat Sulaik (RA) termine sa salat et reprit son sermon après qu’il eut terminé sa prière. [13] Cela indique clairement que Hazrat Sulaik (RA) n'a pas effectué ses 2 rakaats pendant le sermon. Le Prophète [salallâhou 'alayhi wassalam] lui avait également demandé de faire sa salat rapidement (puisqu’il l’attendait). Cela souligne aussi l'importance de l'écoute du sermon. En fait, Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] interdit toute autre activité pendant le sermon, de sorte que l'on écoute les conseils du sermon. Même faire une recommandation de bien pendant le sermon a été interdit, alors que c’est normalement un acte Wajib [14]. Par conséquent, si un acte Wajib n'a pas été autorisé, comment un acte optionnel (nafil) aurait-il pu l’être? [15]

Il est également essentiel que chacun sache qu’il existe un certain nombre de hadiths qui enjoignent à un silence complet pendant la khutba. Parmi eux, ce hadith rigoureusement authentique dans lequel le Prophète [salallâhou 'alayhi wassalam] a dit que si on demande à la personne à côté de se taire le vendredi pendant le sermon, on commet là un acte condamnable et rejeté (laghw) [16]. Ainsi que le hadith où Rasulullâh [salallâhou 'alayhi wassalam] a dit que durant la khotba, même le fait de toucher un caillou constitue un acte répréhensible et rejeté (laghw) [17]. Ce hadith indique que, en plus de parler, même s'agiter inutilement pendant la khutba est inadmissible, comme c’est également le cas lors de la prière.

En outre, il est rapporté des Gens de Médine [18] qu'ils ne priaient pas pendant la khutba, le Amal ahl al-Madina constituant rappelons-le une transmission mutawatir [19] de la pratique des Sahaba transmises aux Tabi’in de Médine puis au Tabi at-Tabi’in.

De ce qui précède, on retient que certains grands savants comme l’Imam Shafi’i et l'Imam Ahmad ibn Hanbal sont d'avis que pour le retardataire prier Tahiyat ul-Masjid durant la khotba est (tout au plus) une Sunnah (non obligatoire) [20]. La question est donc sujette à divergence et nous respectons cet avis en tant que tel.

Cependant, lorsque l’on regarde le sujet en détail, et que l’on étudie attentivement les autres narrations, les versets du Qour’an ainsi que ce qui nous a été transmis à ce sujet par les Musulmans des premières générations, il nous apparait clairement que la pratique convenable consiste à s’assoir et à écouter (lorsque l’on entre dans la mosquée et que la khotba de Jumou’a a déjà commencé).

Nous en profitons pour rappeler au lecteur qu’un simple et unique hadith ne doit jamais être considéré par un Musulman comme une règle à appliquer stricto sensu, sans qu’il se réfère d’abord aux commentaires des spécialistes de la Jurisprudence des 4 écoles.

C’est pourquoi, en conformité avec les Ecoles Malikite et Hanafite et en fonction des nombreux éléments dont nous disposons sur cette question, nous suivons l'avis selon lequel il est souhaitable lorsque le Musulman retardataire se trouve dans cette situation, qu'il s’asseye et écoute le sermon du vendredi et ne s'engage dans aucune salat nafil. Ce point de vue est par ailleurs celui fortement soutenu par la majorité des pieux et éminents Prédécesseurs (as-Salaf us-Salih) dont il a été rapporté qu’ils n’effectuaient aucune prière nafil une fois la khotba de l’imam commencée.

Et Allâh est plus Savant.



Notes :

[1] Réalisé Par Sunnisme.com à l’aide des Fatwas du Mufti E. Desai et de Sheykh Sohail Hanif
[2] Qour’an s7,v204
[3] Hashiya al-Sawi Ala al-Jalalayn, 2:311, Dar al-li Ihya Turath al-Arabi
[4] Madarik al-Tanzil wa al-Tawil Haqaiq, 1:628, Dar Ibn Kathir
[5] Tafsir Ibn Kathir - vol 2
[6] At-Tabarani
[7] Musnad Ahmad pg.75, vol 5
[8] Sharh de Mouslim, pg 287, vol 1 / Musannaf ibn abi Shaiba pg.20, vol 2
[9] Sharh Muslim, an-Nawawi pg 287
[10] Kitaab ul-Jumuah - Sahih de Muslim pg 287, Vol-1
[11] Mentionné ans le Mousnad, dans le Sahih de Ibn Hibban, par l'Imam al-Tahawi et dans les Sunnan d’Al-Nasai.
[12] An-Nasaai, pg .207
[13] Musannaf ibn Abi Shaiba, pg.20-vol2
[14] Wajib : nécessaire : degré en dessous du Fard (obligatoire) dans le madhhab Hanafi. Dans l’école Malikite, le Wajib est synonyme de Fard.
[15] Al bahruraaiq, pg.271 vol 2
[16] Muslim et [17]
[18] Amal ahl al-Madina, c'est-à-dire la pratique des Savants de Médine. Pour plus d’infos sur le sujet, lire cet article
[19] Le hadîth mutawâtir (Hadith notoire) est rapporté par un nombre de transmetteurs supérieur ou égal à 10, et ce à tous les niveaux de la chaîne de transmission. En comparaison aux hadiths singuliers, ils sont peu nombreux, mais ils sont tous valides. Le hadith a donc au moins 10 chaînes différentes. Tel ce hadith rapporté par plus de 70 compagnons: « Que celui qui ment sur moi, s’attende à siéger en Enfer ! ».
[20] Alfiqhul-Islaami wa adillatuhu - pg.297 vol, 2

Publié dans Banque de Fatwas

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